Témoignages sur le rétablissement

Nadine Gauthier

Vivant avec un trouble de santé mentale, mon rôle consiste à témoigner de mon cheminement et de mon expérience de la maladie mentale afin de démontrer qu’il y a de l’espoir et que le rétablissement est possible même, si parfois, certains symptômes persistent. Pour ce faire, j’ai suivi une formation offerte par Pairs Aidants Réseau qui m’a permis de m’outiller afin de pouvoir offrir des services d’intervention, de sensibilisation et d’être à même de partager mon vécu et mon histoire de rétablissement.

Il m’a fallu énormément de temps pour parvenir à accepter que je sois atteinte d’un trouble mentale. Pour moi, le fait d’être malade à été un vrai tremblement de terre. Longtemps, il y a eu l’avant et l’après. L’avant étant une période que j’ai conservé dans mon esprit comme un idéal à rétablir. J’aurais voulu redevenir cette jeune fille dynamique, extravertie, confiante et enjouée faisant du théâtre, de l’improvisation et impliquée socialement. Or, lorsque je suis tombée malade à vingt ans, il m’a semblé avoir tout perdu de mes capacités, de mon intelligence, de ma capacité à échanger avec autrui et de mon goût de vivre. À vingt ans, j’ai été diagnostiquée schizo-affective suite à une hospitalisation où j’ai connu une psychose paranoïaque.

À cette époque, j’étais malade depuis des mois sans le savoir, bien entendu. J’avais des idées de grandeur. Je me voyais comme une peintre célèbre, de même, je pensais devenir un écrivain célèbre. Je ne dormais presque plus. J’étais au Cégep et je vivais de la violence psychologique avec mon conjoint de l’époque. Cela m’amenait à vivre un très grand stress ayant certainement contribué, avec la consommation de drogues et d’alcool, au déclenchement de la maladie. De plus, je m’alimentais mal car je n’avais souvent pas d’argent pour manger. De cette vie éclatée, sont venues progressivement les idées paranoïaques. J’entendais des voix et, peu à peu, j’ai été convaincue que mon conjoint me parlait à travers la radio, qu’il contrôlait mon esprit et qu’il se servait de moi. Les voix me disaient que l’on parlait dans mon dos et que tout le monde riait de moi, que partout où j’allais on me méprisait. Je vivais donc des moments de création et d’euphorie tout en vivant en état d’extrême vigilance, de souffrance extrême créée par les voix et le complot qui s’immisçait dans mon esprit. J’ai voulu entrer à hôpital parce que je parlais à une amie de longue date et que je n’arrivais plus à distinguer le vrai du faux. Je ne parvenais pas à dire si elle était menaçante et si elle faisait partie du complot car une partie de moi me disait que tout cela était irréel. Considérant, que j’étais en danger, j’ai demandé de rentrer à l’hôpital. 

Après un mois et sur-médicamentée, je suis retournée vivre chez mes parents où je suis tombée dans un état léthargique où tout m’indifférait, où je n’éprouvais plus rien et où j’étais persuadée de la véracité de mon délire. J’étais dans un état dépressif et je passais mon temps à dormir. De plus, les effets secondaires des médicaments me rendaient malade: je tremblais, j’avais des spasmes. Je m’isolais de plus en plus car plusieurs personnes ayant su que j’étais atteinte d'une maladie mentale s’étaient distanciées de moi et j’avais honte de ce que j’étais devenue. Je me sentais dévastée et je voulais mourir car pour moi, il n’y avait plus d’avenir possible. Découragée et considérant que la médication n’aidait en rien ma situation, j’ai arrêté de la prendre. Peu à peu, je me suis mise à aller mieux bien que je conservais des idées paranoïaques. Je suis retournée à Lévis afin de reprendre mes études en lettres au Cégep. J’ai terminé mon DEC en étant chancelante et retombant peu à peu dans un état dépressif.

Étant à nouveau malade, je suis retournée chez mes parents et j’ai décidé de consulté un psychiatre, qui m’a donné une nouvelle médication. Toutefois, ce fût assez long avant que je commence à me rétablir car je me suis mise à faire de l’anxiété sociale. J’avais peur de rencontrer des gens que je connaissais et je m’isolais. Puis au printemps, je me suis mise à mieux aller. Je prenais ma médication correctement et j’avais décidé de m’impliquer et de faire du bénévolat au CSM L’ArrimAge, ce qui m’a grandement aidé à reprendre confiance en moi. Je me suis aussi fait suivre par une infirmière du CLSC en santé mentale. À l’automne, j’ai commencé un cours en enseignement du français à l’université. Le retour aux études n’a pas été facile car j’éprouvais beaucoup de difficulté à me mêler aux gens. Je m’auto-stigmatisais énormément. Mes idées paranoïaques ont pris de plus en plus de place. À mon dernier examen de session, j’ai craqué et j’ai tout abandonné. 

Puis, au printemps suivant, j’ai connu un épisode maniaque. Tout s’est mis à aller extrêmement bien. Je faisais du bénévolat, j’étais redevenue dynamique et extravertie. J’ai commencé à travailler dans le public. Je sortais tous les soirs de fin de semaine et je dormais de moins en moins. J’avais des projets mais aussi certains comportements dangereux. En une semaine, je décidai de partir en voyage dans l’ouest canadien avec une amie sans rien préparer d’avance. Là-bas, c’était génial. Tout était grandiose. Je travaillais et j’écrivais beaucoup. J’étais enivrée. Puis en quelques jours, mon état s’est détérioré. Je commençais à me sentir persécutée, à avoir peur des gens et à me sentir jugée. Je rentrai au bercail à nouveau en dépression. J’ai dû consulter à nouveau et réajuster ma médication.

Suite à ces quelques années, j’ai connu une période de stabilité. J’avais repris ma vie en main. Je connaissais davantage la maladie et j’avais appris à vivre avec certains symptômes. Je retournais graduellement dans la société en accumulant de petites victoires sur moi-même et sur la maladie. À cet égard, le travail n’a pas été étranger à cette nouvelle confiance en moi que je gagnais peu à peu. Le fait d’avoir été engagée au Centre de Santé Mentale L’ArrimAge dans des fonctions correspondant à mes forces, mes aptitudes et habiletés a fait grandir en moi cette estime dont j’avais tant besoin pour affronter les difficultés engendrées par la maladie. Tranquillement, j’ai cessé d’avoir honte et de me stigmatiser car le travail est venu normaliser ma situation. Je pouvais être fière de ce que j’accomplissais. Bien que j’aie été engagée sur un projet subventionné, cela m’a permis d’acquérir de l’expérience et des habiletés sociales qui ont pu me servir dans toutes les sphères de ma vie. Suite à ce travail, j’ai travaillé une année et demie sur un projet SEMO, tout d’abord en organisant un projet d’exposition, puis en tant que répartitrice pour la livraison 3F. Cette année s’est relativement bien déroulée. Étant de plus en plus autonome, j’ai décidé de partir en appartement car j’habitais toujours chez mes parents. De même, j’ai suivi mon cours de conduite et acquis mon permis, ce qui a grandement contribué à mon sentiment d’indépendance. Puis, vivant certains conflits, j’ai recommencé à faire de l’anxiété et à moins bien dormir. Je ne me suis pas méfiée des signes de manie qui apparaissaient graduellement jusqu’à ce matin où je suis entrée travailler complètement épuisée et en pleurs.

À vingt-sept ans, j’ai donc dû être hospitalisée pour la seconde fois. Je passais rapidement de l’état maniaque à l’état dépressif. J’avais de la difficulté à dormir. Je vivais de l’anxiété et je m’étais mise à faire des crises de panique. Les idées paranoïaques étaient de retour, ce qui me rendait réticente aux soins que l’on m’offrait. Après quelques semaines d’hospitalisation, j’ai fait une chute vertigineuse et je suis tombée en dépression majeure. Je suis demeurée un peu plus de deux mois à l’hôpital jusqu’à ce que je décide à faire l’hôpital de jour et que les médicaments stabilisent mon état. C’est d’ailleurs lors de cette hospitalisation que mon diagnostic fût changé, j’étais, en fait, atteinte d'un trouble affectif bipolaire. 

Je pense aussi que c’est à ce moment qu’il y a eu une lueur dans ma vie. Ma famille qui m’a toujours épaulée m’a convaincu d’accepter l’aide qui m’était offerte, de baisser mes barricades et de faire confiance aux intervenants qui m’avaient souvent semblé une menace. Au départ, j’ai accepté pour eux puis rapidement cela s’est avéré le meilleur choix à faire pour moi. J’aimerais ici prendre quelques minutes pour souligner l’importance de mes proches dans tout mon processus de rétablissement. Cela n’est pas toujours facile à vivre pour les personnes entourant la personne atteinte. Pour elles aussi la maladie s’avère être un grand bouleversement auquel elles doivent s’adapter. Je pense que si ma famille a été si aidante, c’est tout d’abord, parce mes parents et mes frères n’ont jamais perdu de vue qui j’étais comme personne et qu’ils avaient foi en mes capacités même lorsque moi je n’y croyais plus. Bien qu’il y ait eu parfois des hésitations, ils ont toujours manifesté de la compréhension à mon égard et ils n’ont jamais hésité à prendre du temps afin d’être à l’écoute dans les moments les plus difficiles. De même, ils se sont renseignés sur la maladie et m’ont posé beaucoup de questions.

L’hôpital de jour a été déterminant en ce qui concerne la reprise du pouvoir sur ma vie. Une démarche thérapeutique individuelle m’a permis de travailler sur mes blessures et de remettre en question certaines de mes pensées me menant à l’isolement. J’y ai retrouvé un sens à ma vie, un désir d’accomplissement et le courage qu’il me fallait pour persévérer. Les thérapies d’écriture et de groupe ont raffermi ma capacité à socialiser et à faire confiance. J’étais dorénavant outillée à réagir aux situations et à prévenir le plus possible les rechutes. Je connaissais non seulement la maladie et ses signes précurseurs, les médicaments et des moyens pour faire face aux difficultés mais, surtout, j’étais à l’écoute de moi-même, en harmonie avec mes désirs et mes rêves. Je pouvais enfin espérer. 

Cet espoir s’est concrétisé avec un retour aux études en éducation à la petite enfance. Pour moi, ces études me permettaient de m’accomplir et me donnaient accès à un emploi régulier qui me passionnait. Je ne me sentais pas obligée de révéler ma maladie parce que cela s’avérait pour moi être de nature personnelle et j’avais une certaine crainte d’être jugée. J’ai donc, suite à mes études, travaillé en service de garde en milieu scolaire. Ce travail a fait renaître en moi la créativité et le dynamisme. Je pouvais réaliser des objectifs que je m’étais fixés et de cela découlait une vision optimiste de la vie. Je sentais que j’avais une place dans la société et je m’affirmais davantage. Toutefois certaines limites peuvent être difficiles à respecter. Quelques fois, nous refusons de les voir. Comme cela allait bien, je me suis trouvé un deuxième travail et j’ai perdu les notions de saines habitudes et d’équilibre qui me permettaient de demeurer stable à mon travail. Ainsi, je me suis mise à cumuler les heures de travail sans prendre garde aux symptômes de la maladie. La manie s’est installée peu à peu et, au bout de celle-ci est apparue la dépression. Cela n’a pas été facile, j’ai été confrontée à ces nouvelles limites imposées par la maladie et j’ai dû prendre un temps d’arrêt. 

De retour de mon congé, j’ai repris le travail mais certaines personnes ayant su mon diagnostic ont fait preuve de discrimination à mon égard. Bien que j’aie dû quitter ce travail, ce dernier m’a effectivement apporté énormément: j’ai pu y développer mes compétences, apprendre la coopération, avoir accès à un salaire décent, etc. En somme, je n’avais pas fait tout ce chemin pour rien mais je conservai une certaine amertume quant à la stigmatisation. Face à ce constat, je décidai, pour un temps, de prendre soin de moi, de m’accorder du temps pour me rétablir et aussi faire une réflexion sur mes valeurs. Peu à peu, j’ai acquis un certain détachement face aux préjugés et comme ma vie amoureuse était stable et harmonieuse, le rêve d’avoir des enfants a pris de plus en plus de place.

Notre projet de vie vient souvent nous donner l’énergie et la motivation afin de se remettre en route. Il faut bien comprendre que le rétablissement est l’histoire d’une vie et que ce parcours ne se fait pas sans certaines périodes de reculs. Mes périodes plus difficiles, de même que mes périodes plus productives et mes emplois ont contribué à me définir toujours un peu plus à chaque fois. Je suis donc retournée, cette fois-ci, à l’école tout en étant enceinte. Suite à ces études, j’ai travaillé pendant un an au CSM l’ArrimAge. Je conserve en moi que de bons souvenirs de cette période où des sentiments d’accomplissement et de maîtrise de soi ont raffermi ma confiance et mon estime. Encore une fois, le travail a contribué à un renouveau et à un sentiment de stabilité. Ce n’est pas rien. Il s’agit ici de reprendre du pouvoir sur sa vie, d’être en mesure de l’améliorer et d’avoir la capacité de faire des choix. Si cela n’avait été de la fin du contrat, j’aurais certainement persévéré dans ce travail mais, plutôt que d’opter pour un autre travail, j’ai fait le choix d’avoir un second enfant et de demeurer à la maison pour un temps.

Cependant, je continuais de m’impliquer dans le conseil d'administration de L’ArrimAge. Puis, une nouvelle opportunité s’est présentée à moi, celle de devenir paire aidante. Déterminée à me servir de mon expérience pour aider mes pairs, j’ai postulé au CSM L’ArrimAge pour un poste de 5 jours partagé entre le CLSC et l’organisme communautaire. Mon nom a été retenu pour la formation ayant lieu à Québec et pour le poste. Suite à la formation, j'ai commencé à travailler. Voilà déjà 4 ans que je travaille à L’ArrimAge. Certaines difficultés m’ont amené à modifier mes heures de travail et avoir des accommodements afin d’y parvenir. Depuis l’année dernière, je travaille 3 jours par semaine, à L’ArrimAge seulement. Le fait de diminuer mes heures de travail m’a aidé à équilibrer ma vie et à ressentir moins d’anxiété. Ce qui a aussi été favorable pour ma vie de famille.

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